Les microalgues, entre enjeu écologique et défi industriel.Jean-Christophe Delhaye

microalgue par Jean-Christophe Delhaye

Que faire lorsque l’activité industrielle et domestique déverse composants chimiques, nitrates, phosphates, gaz à effet de serre et autres agents déstabilisants en plus de provoquer une élévation sensible de la température des eaux de rivières, fleuves et finalement des océans ?

Face à cette pollution générée par des productions multiples, les politiques peinent à trouver des solutions, souvent en butte à de grands groupes industriels qui ont une main-mise sur l’économie.

Même chez soi…

Jusqu’à présent la prise de conscience de l’urgence à préserver nos ressources écologiques semblait réservée à quelques individus à qui l’on a collé la gentille étiquette d’ « écolos ». Leur combat pour nous convaincre est celui de David contre Goliath. Pourtant cette urgence n’est pas une lubie, elle s’approche.

Notre environnement naturel se dégrade, l’économie dictant le rythme de cette destruction. Des voies sont à explorer. Certains s’y essaient à leur mesure par des actions individuelles, à micro, petite ou moyenne échelle comme nous le présente Mélanie Laurent et Cyril Dion dans leur film « Demain ». Mais ces actions citoyennes menées spontanément paraissent bien fragiles face aux appétits financiers. Comment parvenir à impliquer ces géants économiques dans la course contre la montre pour préserver notre environnement ?

Et bien soyons pragmatiques. Les solutions qui intéressent aujourd’hui les industriels sont celles qui leurs ouvrent de nouvelles opportunités. En bref, l’écologie peut être intéressante si elle rapporte. Un peu excessif ? A première vue oui mais en fait, pas tant que cela. Prenons l’exemple de la filière des microalgues, une filière prometteuse à condition de ne pas jouer aux apprentis-sorciers.

Les microalgues au cœur des stratégies industrielles

La filière des micro-algues est depuis quelques années au cœur des stratégies de grands groupes tels que Exxon Mobil qui annonçait déjà en 2010 près de 600 millions d’euros dans la R&D des microalgues. Aujourd’hui, le coût des procédés de production reste trop cher mais surtout nécessite une consommation en eau excessive et porte atteinte à l’un des 12 principes de la chimie verte posés par l’UNESCO.

Aujourd’hui cette technologie ne donne pas satisfaction et les laboratoires doivent revoir leur copie « pour arriver à des solutions techniquement et économiquement viables ».

Comment les microalgues se développent-elles ?

C’est par un procédé chimique naturel que ces algues se développent comme de nombreux organismes d’ailleurs : soleil, eau et gaz carbonique. Les milieux naturels à proximité de zones industrielles réunissent tous ces facteurs favorables à leur croissance.

 Que peut-on faire avec des microalgues ?

Les microalgues sont d’une grande diversité et les scientifiques explorent à la fois le potentiel des Isochrysis, Nannochloropsis, Chlorella, Dunaliella, Chlamydomonas et autres (plus de 30 000 microalgues répertoriées à ce jour).

Les utilisations principales portent autour de la « production de biocarburants, de molécules à haute valeur ajoutée pour l’alimentation et la santé et la dépollution ». Energie et agroalimentaire sont bien au cœur des enjeux planétaires de demain. Les populations n’auront cessent de se combattre pour accéder à des ressources indispensables à leur survie. Mais considérer les microalgues comme une alternative au pétrole, ce n’est pas pour tout de suite. Aujourd’hui, les recherches proposent du… bitume.

Quels sont les risques de telles cultures ?

Ce qui rend les microalgues intéressantes, c’est leur taille et leur potentiel : elles peuvent être cultivées hors sol, nécessitent 300 fois moins de surface que le soja avec un rendement supérieur. Mais à quel prix ?

L’exploitation des microalgues nécessite des précautions à plusieurs niveaux : tout d’abord, la consommation excessive en eau et en énergie nécessaire à la production des microalgues questionne. De plus comme toute culture à grande échelle, elle peut occasionner des dégâts écologiques important comme ce fut le cas dans la ville de Toledo provoquant une forte pollution des eaux.

Comment s’organise la filière de la recherche et d’expérimentation des microalgues ?

La France est un acteur incontournable en termes de recherche dans le domaine. Le CNRS, l’IFREMER et le CEA sont le fer de lance de la recherche nationale. Mais ce sont les programmes de structuration de la filière au niveau national et européen qui œuvrent pour son développement. Ainsi la plate-formeAlgosolis (CNRS, université de Nantes), s’organise pour tester la production et l’exploitation des microalgues à un stade pré-industriel.

Reste que la France et l’Europe ne doivent pas limiter leur champ d’action à la seule recherche en laboratoire et au dépôt de brevets. Ces connaissances doivent être transférées rapidement et à grande échelle vers une industrie modèle et innovante. Ceci présuppose alors que l’Europe se dote de nouvelles structures industrielles et de techno-industries de pointe et cesse de brader ses innovations.

Une thématique au cœur de l’enseignement

L’étude de la filière des microalgues ne se cantonne plus désormais aux seuls cours de sciences. Sa portée est plus large car elle touche au développement durable, à la géographie et à l’économie.

Pour aller plus loin, il est cependant nécessaire que les élèves et les étudiants soient au contact des problématiques et des solutions en cours de développement. Il est donc cohérent de redonner sa place à l’étude « in situ » ce qui suppose au préalable que les enseignants soient formés non pas seulement au sein de salles universitaires mais sur le terrain en relation avec les centres de recherche et les industriels donnant du sens à l’observation et à la recherche de solutions pragmatiques et innovantes.

Illustration : Masa44, Shutterstock.com

Références

Demian – Le film – http://www.demain-lefilm.com/

« Les Pôles De Compétitivité – Production Et Valorisation Des Microalgues : Une Stratégie Française En Marche – Moteur De Croissance Et D’emploi. » – Compétitivité.gouv.fr. – Date de publication 23 juillet 2010.http://competitivite.gouv.fr/vie-des-poles/actualite-du-pole-210/production-et-valorisation-des-microalgues-une-strategie-francaise-en-marche-207.html?cHash=b1eb7a1d03165e1dd30b46c165f2272b.

« Définition > Chimie Verte – Chimie Durable – Chimie Renouvelable. » Futura-Sciences. Date de consultation 28 mars 2016.
http://www.futura-sciences.com/magazines/matiere/infos/dico/d/chimie-chimie-verte-14917/
.

« Microalgues, Retour à La Case Recherche – Chimie. » – Lucas, Thierry – Usinenouvelle.com. Date de publication 27 août 2015. http://www.usinenouvelle.com/article/microalgues-retour-a-la-case-recherche.N345739.

« Micro-algues : Solution Ou Problème ? » – Les Amis De La Terre. Date de publication 22 août 2014.
http://www.amisdelaterre.org/Micro-algues-solution-ou-probleme.html

 

Jean-Christophe Delhaye

 

 

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Auteur : Jean-Christophe-Delhaye

Jean-Christophe Delhaye Toute l'actualité mondiale de l'économie circulaire /circular economy et de l'environnement! All the news,videos,conferences about the circular economy in the world. Eco-friendly & open to the world ;) Jean-Christophe Delhaye

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