L’Afrique aussi commence à rémunérer les services rendus par la nature! Jean-Christophe Delhaye

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Face à la crise environnementale, en Afrique comme ailleurs, un nouveau constat s’impose : la nature fournit aux hommes une multitude de services d’importance primordiale qu’il convient de sauvegarder.

Prenons par exemple le cas des forêts tropicales. Ces fameux « poumons » de la planète assurent une fonction de régulation climatique en stockant le carbone, tout en abritant la moitié de la biodiversité terrestre mondiale et en protégeant les ressources en eau des populations locales. La valeur de ces services dits « environnementaux » sur le plan économique est de mieux en mieux appréhendée et de nouveaux instruments se mettent en place pour assurer leur fourniture.

En Tanzanie, dans les montagnes Usambara de l’Est, une entreprise locale, assurant la gestion des services d’eau pour la ville de Tanga (300 000 habitants), a jugé rentable d’investir dans la protection du bassin versant fournissant les ressources en eau qu’elle exploite. Elle finance l’appui aux communautés situées en amont du bassin versant pour que celles-ci mettent en œuvre des mesures de conservation des sols – reforestation, cultures en terrasse, agroforesterie… – permettant à la fois de limiter l’érosion et d’améliorer la production agricole.

Des incitations financières

L’entreprise Tanga-Uwasa s’était en effet rendu compte que la déforestation et les pratiques agricoles non durables de ces communautés étaient à l’origine des problèmes de sédimentation et de surcharge en nutriments des eaux qu’elle exploitait. L’érosion avait entraîné une baisse de 25 % des capacités de stockage de son principal réservoir et les coûts annuels de traitement des eaux avaient doublé entre 2005 et 2010 pour atteindre plus de 200 000 euros. L’entreprise a donc décidé d’investir un montant équivalent entre 2013 et 2016 pour financer les mesures de conservation des sols.

Avec un peu de retard sur d’autres régions du monde et notamment l’Amérique centrale, ce type d’initiatives « gagnant-gagnant » se multiplie en Afrique. Aux abords du parc national Amboseli au Kenya, au pied du mont Kilimandjaro, des propriétaires terriens massaïs reçoivent depuis 2008 des paiements annuels (environ 12 euros par hectare) pour maintenir des usages des terres et pratiques compatibles avec la circulation des éléphants vers l’aire protégée voisine des collines Chyulu.

Ces paiements sont financés par le gouvernement, des agences de développement et un opérateur touristique dont l’activité en dépend. En différents endroits du continent, des populations rurales reçoivent des incitations financières issues des marchés du carbone pour conserver la forêt ou planter des arbres, comme c’est le cas depuis 2003 en Ouganda dans le cadre du programme « des arbres pour des bénéfices globaux » de l’ONG Ecotrust.

Conflits fonciers

Ces initiatives innovantes, connues sous le nom de « paiements pour services environnementaux » (PSE) s’appuient sur une logique contractuelle. Leur attractivité tient à leur capacité à mobiliser de nouvelles sources de financement pour la conservation, bénéficier aux populations locales et améliorer le rapport coût-efficacité des actions de conservation. Ce dernier objectif est associé au principe de paiement aux résultats : plutôt que financer des actions visant à atteindre des résultats, il semble plus rentable de payer directement et de manière conditionnelle à l’obtention des résultats. Pour ces trois raisons, leur développement en Afrique semble prometteur.

Mais pour en tirer le meilleur parti, les pays africains doivent encore mettre en place des cadres institutionnels adaptés. La clarification de la tenure des terres représente un défi majeur alors que les droits exclusifs sur les terres sont rares (les Etats étant souvent légalement présumés propriétaires des terres) et les conflits fonciers nombreux.

Il s’agit également de renforcer les capacités d’organisation des populations locales et de mettre en place les mécanismes légaux, institutionnels et fiscaux nécessaires pour générer de nouvelles sources de financement pour la conservation de la nature. Les financements climatiques, qui sont au cœur des négociations internationales devant aboutir en fin d’année à Paris à un accord global sur le climat, sont particulièrement visés. Les PSE pourraient permettre de mieux accéder à ces fonds et les canaliser jusqu’aux populations locales.

La nécessité de lois environnementales

Il s’agit aussi d’être réaliste par rapport au potentiel des PSE. Leur mise en place est coûteuse et prend du temps. L’ignorer revient à s’exposer à un certain nombre de risques : augmentation des conflits fonciers, accaparement des bénéfices par les élites locales, création d’incitations perverses (mettant fin à toute conservation désintéressée)…

Enfin, les paiements pour services environnementaux sont loin d’être des solutions adaptées à tous les problèmes environnementaux. Le renforcement de l’application de la législation environnementale en Afrique demeure une priorité pour limiter par exemple l’exploitation illégale du bois ou le trafic d’ivoire qui a atteint des niveaux records ces dernières années et décime les populations d’éléphants et de rhinocéros du continent.

Kurt Lonsway manager de la division environnement et changement climatique de la Banque africaine de développement.

Jean-Christophe Delhaye

Thomas Legrand est coauteur de l’étude « Les paiements pour services environnementaux : un outil prometteur pour la gestion durable de l’environnement en Afrique » publiée par la Banque africaine de développement en juin 2015.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/06/19/l-afrique-aussi-commence-a-remunerer-les-services-rendus-par-la-nature_4657683_3212.html#jcvUxVdykhP840Iu.99

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L’économie circulaire, un vecteur d’emploi à l’avenir ? Jean-Christophe Delhaye

http://www.wat.tv/p/7gks3 via @wat_tv

Jean-Christophe Delhaye

How can we create jobs for young people in the Middle East and Africa? Jean-Christophe Delhaye

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To tackle the many challenges the world faces, from climate change to resource scarcity, we need to employ the energy and talents of our young people. Yet in regions like the Middle East, we are seeing unacceptably high levels of youth unemployment. Almost 30% of the region’s youth are out of work, according to a recent World Economic Forum report, Rethinking Arab Employment.

Undoubtedly there are many causes and it is great to see that this issue will be addressed at the Forum’s meeting in Jordan. Leaders from the region will be able to use their expertise to help find solutions.

One of the subjects also on the agenda is the circular economy. I believe the two can be linked, contributing to some fruitful lines of enquiry. The idea of the circular economy continues to gain ground. There are several reasons why more and more business and political leaders accept that we need to develop smarter ways of making things, replacing the current “take, make and waste” linear model with a regenerative circular one, inspired by nature.

McKinsey & Co, whose research has done much to point the way towards circular economics, recently reaffirmed the importance of managing the earth’s resources more intelligently. The planet can support our needs as the world’s population increases to the mid-century’s 9 billion forecast, but only if we develop large-scale recycling, remanufacturing and reuse systems throughout the world economy. And in this regard, McKinsey says resource productivity must now be a priority. Manufacturers, they say, are “bumping up against the limits of what they can accomplish using a traditional approach”.

A second key point is that the circular economy encourages the use of healthy materials, leading to non-toxic closed-loop systems, and promotes greater usage of renewable energy. If the world’s producers and businesses can move in this direction we will start to deal with the great problem of climate change. This is especially serious for the Middle East and Africa, where agriculture is being seriously impacted by the changes. A recent article on climate change and the Middle East from a World Bank economist noted: “Fast-growing populations, hotter summers, less rainfall, and less run-off from mountains covered in snow, are likely to disrupt agriculture – a sector employing more than 35% of MENA’s workforce.”

The region’s leaders are pushing for change in these areas. Note, for example, the UAE’s 2021 Vision, which includes ambitious targets on air quality, the treatment of waste, the development of renewable energy and water recycling. It recently announced the development of a large solar energy development project the size of 300 football pitches. New solar technology is, some say, going to generate exciting new opportunities in the MENA region, bringing affordable electricity to sub-Saharan Africa, for instance.

Another mega-trend is the rising importance of cities and regions across the world urbanizing at astonishing rates, much of this in emerging economies, bringing with it new commercial opportunities and challenges. Businesses, recognizing the importance of these new cities, are increasingly putting their headquarters there. Indeed, McKinsey estimates that by 2025 half of the world’s largest companies will have their head offices in emerging markets. The same report estimates that urban populations worldwide have been growing at an average of 65 million people annually across the past 30 years – equivalent to adding seven cities the size of Chicago every year. These cities are bustling, bringing new business opportunities for all of us. Most of us won’t even know of them but they will become huge. For example, Tianjin, a city southeast of Beijing is predicted to end up with the same GDP as the whole of Sweden by 2025 ($625 billion).

The circular economy needs new skills to design products in a truly circular way, complete with healthy materials and easy disassembly. It needs all the innovativeness of people in cities across emerging markets to find the best ways to share resources and remanufacture, upcycle and reuse them. Semi-skilled and highly skilled people are needed to support the circular economy and this is where opportunities may be generated for the young unemployed in the Middle East and North Africa. One report estimates that the remanufacturing and recycling industries already account for about 1 million jobs in Europe and the United States. And businesses like Desso, Philips, DSM, Novelis, DLL and Cisco, which have started moving towards the circular economy, have experience and ideas to share on developing the skills for the new economy, which could be of use to industries and governments in the region.

In the Forum report on employment in the Middle East, the challenge is clearly set out: “With more than half of its population under 25 years old and the world’s highest regional youth unemployment rate, the Middle East and North Africa region stands at a critical juncture. This youthful populace can turn into either a ‘youth dividend’ or a ‘youth liability’.” If young people are more focused and involved in meaningful work, they will also be less vulnerable to radicalization. Their creativity and energy is needed for the circular economy to thrive. Hopefully, we can draw the two together.

The World Economic Forum on the Middle East and North Africa 2015 takes place at the Dead Sea, Jordan, from 21-23 May. 

Author: Roland Jonkhoff is the Managing Director of Desso and the Vice-President of Carpet (EMEA) at Tarkett

Image: Omar Abu Isheh, 28, a Palestinian garbage collector, gathers shredded recyclable plastic bottles at a dump site in the West Bank village of Kfar Rai, near Jenin February 28, 2012. REUTERS/Ammar Awad

Jean-Christophe Delhaye

Moving in circles? what the EU’s new Circular Economy Package should deliver Jean-Christophe Delhaye

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“It is time to change course”. So said EU Commissioners Timmermans, Katainen, Vella and Bienkowska in an article for La Tribune last week, as the European Commission released its public consultation on a new Circular Economy Package.

Whilst it’s of course nice to hear, it remains to be seen whether the Commission can match these words with tangible action when the time comes to make something of the hundreds of contributions the Commission will no doubt receive. Will they be able to come up with what has been largely dubbed a “new, more ambitious package”.

The concern is clear: with an ever growing population and shrinking resources, the global economy is pushing up against its physical limits. In a world where the linear ‘take, make, consume and dispose’ model relies on large quantities of easily accessible resources and energy, a change of the entire operating system seems necessary. That’s where the Circular Economy comes into play.

The sharing economy has enabled those with “idle capacity” to sell that spare capacity through technology. Similarly, companies on the forefront of the Circular Economy can create new product-to-service approaches, new materials recovery methods, and smarter projections and preparedness for future costs.

And while it may take years or decades for the ultimate vision of the Circular Economy to take hold, the transition has begun.

Renault leases batteries for electric cars, in large part to recover them more easily so they can be re-engineered or recycled for additional duty.

Dutch Carpet maker Desso operates a take-back programme that collects end-of-use carpet tiles to recover their materials for further production or for sale to secondary material suppliers.

These are only but two examples of an increasing number of leading companies and emerging innovators that work towards accelerating the transition towards a Circular Economy.

Rethinking the way we organise global production and consumption, and adopting the technologies, infrastructure and business models required, will surely present huge business opportunities in the next coming decade.

Yet if the EU really wants to make a difference, it will need more than a new and well publicised policy document.
Take ecodesign for example. According to the European Environmental Bureau, a federation of over 140 environmental citizens’ organisations, as much as 80% of a product’s environmental impact is in fact determined at the design stage. Laptops have a raw material consumption of 270 kg for every kilogramme of the final product’s weight. Even small appliances like an electric toothbrush contain around 40 small components.

The most mundane products in your everyday life are wasteful because of their poor design. And yet the Commission so far has failed to properly address product policy.

This is a lost opportunity. There are real benefits to delivering resource-efficient products. As a consumer, it can save you money and reduce your carbon footprint. For innovative businesses, it can unlock new potential and drive productivity gains.

Imagine living in a world where products are designed in such a way that their smallest components can be re-inserted into the production chain instead of being discarded once they have been used. Imagine living in a world that produces virtually no waste, where raw materials are continuously used, reused and recycled in a closed loop.

This is what the Circular Economy is about.

Of course such change will not happen overnight. Such a shift requires a massive change in culture and philosophy. In the week when the G7 leaders agree to phase out fossil fuel use by end of century, the question remains as to what practical steps can be implemented that will lead to significant costs savings, waste material avoidance and job creation.

Scaling up a circular economy on an international level will require government support to introduce positive legislative drivers, such as waste prevention targets and incentives around eco-design to promote products that are easier to reuse, remanufacture and disassemble.

Let’s hope Commissioner Timmermans will rise to the challenge. After all, he promised no less when he decided to scrap the previous Commission package.

*Note: This article was written by our account director, Céline Bernaerts. You can connect with her on Twitter @cbernaerts or via Linkedin.

Jean-Christophe Delhaye

Moins de miel, mais plus d’apiculteurs en France! Jean-Christophe Delhaye

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Les abeilles ont dû danser une folle farandole dans leurs ruches, jeudi 19 mars. Le jour même, l’Assemblée nationale a voté l’interdiction, à compter de janvier 2016, des produits phytosanitaires de la famille des néonicotinoïdes, accusés de décimer les colonies de ces insectes hyménoptères. Les députés ont voté, contre l’avis du gouvernement, un amendement déposé par les députés Gérard Bapt (Parti socialiste, Haute-Garonne) et Delphine Batho (PS, Deux-Sèvres).

Il s’agit d’une victoire pour l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF), qui demandait une telle mesure. Cette organisation se bat depuis des années face à l’épidémie de mortalité qui s’abat sur les abeilles.

Jeudi, elle jetait, justement, un coup de projecteur sur la situation très difficile de l’apiculture française. La production nationale de miel, est tombée, à un plus bas historique en 2014, à 10 000 tonnes. A comparer aux 32 000 tonnes qui coulaient encore des ruches en 1995 ou aux 20 000 tonnes en 2011.

En parallèle, les importations n’ont cessé de progresser, dépassant les 30 000 tonnes en 2014. Car les Français restent de grands amateurs de miel. Et manifestent ainsi leur intérêt pour cette pratique délicate de l’élevage des abeilles.

Le nombre d’apiculteurs a d’ailleurs repassé à la hausse le seuil des 70 000 en 2014, un niveau qu’il avait franchi à la baisse en 2011. Le nombre de ruches augmente également et approche 1,3 million.

En 2014, à l’exception de l’Ouest et de la Bretagne, relativement épargnés, les autres régions de France ont vu leur récolte aumputée de 50 % à 80 %. Les conditions météorologiques particulièrement défavorables expliquent en partie cette piètre performance. De même que les attaques du frelon asiatique, qui touche désormais les trois-quarts du territoire. Mais aussi l’usage de certains insecticides.

« Double discours du gouvernement »

L’UNAF demande au ministère de l’agriculture une mise en place de mesures d’aides exceptionnelles pour faire face à cette situation difficile pour les apiculteurs. L’organisme s’interroge d’ailleurs sur ce qu’elle qualifie de « double discours du gouvernement ».

En février 2013, le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll avait présenté son Plan de développement durable de l’apiculture. Alors que 30 % des ruches périssent chaque année en France, sans que des maladies ne l’expliquent, l’UNAF avait salué le signal positif qu’avait envoyé le ministre dès 2012 : il avait alors retiré l’autorisation d’usage du Cruiser sur le colza. Puis lancé au niveau européen une procédure pour réévaluer les impacts de trois insecticides néonicotinoïdes. Ce qui a conduit, en 2013, à leur interdiction pour deux ans.

Mais, depuis, d’autres signaux moins positifs ont été émis. L’usage des produits phytosanitaires a continué à progresser en France. Et les néonicotinoïdes restent utilisés dans les champs.

Puis, lorsque le Sénat a dû se prononcer, en février, sur une proposition de loi déposée par le sénateur écologiste Joël Labbé (Morbihan) et le député Germinal Peiro (PS, Dordogne), demandant au gouvernement d’agir au niveau européen pour interdire les insecticides néonicotinoïdes, ce dernier l’a rejetée. Les élus PS se sont désolidarisés à la demande du gouvernement.

Enfin, le frelon asiatique reste classé en danger sanitaire de catégorie 2, privant les apiculteurs de moyens pour lutter contre ce fléau.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/03/19/moins-de-miel-mais-plus-d-apiculteurs-en-france_4597426_3234.html#Y5WX1gfIxbvSTzHs.99

Comment Paris veut protéger les abeilles! Jean-Christophe Delhaye

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Les villes, avec leurs rues embouteillées mais aussi leurs jardinières bien garnies et leurs avenues bordées de platanes, constituent désormais une sorte d’eldorado paradoxal pour des abeilles. Elles sont en effet à la peine dans les campagnes où règnent de monotones et mortelles monocultures. Paris a décidé de prendre le parti de l’insecte emblématique en ratifiant, le samedi 20 juin, la charte « L’Abeille, sentinelle de l’environnement ».

Rédigé par l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF), ce texte stipule en substance que le signataire s’engage à proscrire produits toxiques, pesticides, OGM, à soutenir et faire connaître butineuse et apiculture. La signature aura lieu au Chai de Bercy, tandis que la dixième édition des Apidays, la fête des abeilles, battra son plein un peu partout en France, du 18 au 20 juin, avec des expositions, des dégustations de miel, des visites…

600 ruches dans la capitale

La capitale n’est pas peu fière de dévoiler son caractère « bee-friendly ». Elle estime abriter déjà environ 600 ruches, soit 4,6 au kilomètre carré, davantage que Berlin, son homologue verte qui ne dépasse pas les 3,3 au km2. Le premier rucher école, installé dans le jardin du Luxembourg, date de 1856. Il a fait des émules depuis : on compte une cinquantaine de colonies domestiques installées dans les bois de Vincennes et de Boulogne, huit dans les jardins du conseil régional. Il y en a d’autres sur les toits de l’Opéra, sur ceux de la mairie du quatrième arrondissement et du Crédit municipal dans le même quartier ; et puis dans le jardin Georges-Brassens, les parcs Monceau et Kellermann ; sur les terrasses de particuliers aussi, toutes recensées en principe par la préfecture de police. Même l’Ecole normale supérieure se targue de produire son miel – au moins partiellement récolté sur place.

Ce Paris qui bourdonne est appelé à prospérer. Pénélope Komitès (PS), adjointe à la mairie, chargée des espaces verts, de la nature et de la biodiversité, annonce l’installation prochaine de nouvelles ruches. Elle nourrit surtout moult projets qui vont permettre de « renforcer la place de la nature à Paris ». Car il ne suffit pas d’offrir le gîte aux abeilles citadines, il faut aussi leur fournir de quoi butiner en quantité et en qualité.

20 000 arbres supplémentaires d’ici à 2020

« Sur les 30 nouveaux hectares d’espaces verts promis durant ce mandat municipal, nous en avons réalisé 4,5 hectares, annonce Mme Komites. Nous nous sommes aussi engagés à planter 20 000 arbres supplémentaires d’ici à 2020 dans les jardins de la ville, mais aussi dans les rues, les écoles, dont une bonne part de pommiers, de poiriers… » L’élue, qui reconnaît « se battre mètre carré par mètre carré », a l’ambition de rendre végétales des rues dans chaque arrondissement, avec des pavés enherbés notamment, ainsi qu’une centaine d’hectares de toitures et de façades du patrimoine de la ville et des organismes publics. Elle veut donner un coup d’accélérateur à l’agriculture urbaine et doit présenter au prochain conseil de Paris, fin juin, la création d’un permis autorisant les habitants à semer des graines aux pieds des arbres, des murs, bref à agrémenter de vert le domaine public.

« On va distribuer des graines, de la terre, promet-elle. Le secteur privé est intéressé aussi : cette saison, pour la première fois, 400 kilogrammes de fraises viennent d’être récoltés sur les toits des Galeries Lafayette. » Enfin, à part quelques restes limités d’intrants dans ses cimetières, Paris n’utilise pratiquement plus de pesticides et promet de privilégier les variétés de plantes mellifères. Tous ces efforts donnent donc lieu à la première fête des abeilles parisiennes dans plus d’une douzaine de sites.

Engouement pour l’apiculture

Cependant, d’autres collectivités avaient franchi le pas avant la capitale. Des municipalités comme Besançon, Blois, Montpellier, Clermont-Ferrand l’ont précédée depuis plusieurs années, tout comme la Principauté de Monaco. En Ile-de-France, le conseil régional, de nombreuses communes, Aéroports de Paris, le Château de Versailles se sont engagés à prendre soin des abeilles. Sur tout le territoire, on va célébrer les butineuses dans des centres commerciaux, des bases de loisirs, des aires de repos de Cofiroute, des bords de voies navigables, des vignobles, les magasins Botanic…

« On assiste à un engouement évident pour s’initier à l’apiculture. Ce n’est pas une mode, mais une lame de fond, » assure Henri Clément, porte-parole de l’UNAF. Chiffres à l’appui : après avoir chuté dans les années 2000, le nombre d’apiculteurs est remonté à environ 70 000, dont 2 000 professionnels. Ensemble, ils veillent sur près de 1,3 million de ruches. Mais la production de miel, elle, est en berne : environ 32 000 tonnes en 1995, 20 000 t en 2013, 10 000 t en 2014.

Lire aussi : Moins de miel, mais plus d’apiculteurs en France

« La question des abeilles ne se limite pas au miel, la diversité de ce que nous mangeons en dépend, affirme M. Clément. Les producteurs de graines de salade ou de carotte, par exemple, ont besoin des pollinisateurs pour la fécondation de leurs plants. Dire que 35 % des ressources alimentaires de la planète sont concernées, ce n’est pas un vain mot. Il reste beaucoup d’efforts à fournir pour que cette réalité soit bien comprise dans l’opinion publique. » En une journée, une colonie de 40 000 abeilles, dont 30 000 butineuses, peut visiter 21 millions de fleurs (700 par abeille), assure l’UNAF. Car pour cette organisation, les Apidays sont surtout l’occasion de délivrer de façon festive un insistant message d’alerte : il faut sauver l’insecte butineur.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2015/06/18/comment-paris-veut-proteger-les-abeilles_4656658_1652692.html#FmysajX4qyGS2Myu.99

Jean-Christophe Delhaye

Bruxelles veut créer 6 000 jobs dans l’économie circulaire! Jean-Christophe Delhaye

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La Région lance un plan de onze millions d’euros pour « booster » ce type d’économie.

Une entreprise chimique qui fournit son excédent d’eau déminéralisée à une autre, un magasin qui fait du « leasing » de vêtements pour enfants de 0 à 3 ans, une bière brassée à l’aide du pain invendu d’une enseigne de grande distribution ou encore une start-up qui va chercher du marc à café pour faire pousser des champignons… Les exemples d’économie circulaire ne manquent pas à Bruxelles. Economie circulaire, dites-vous ? « C’est la recherche de toutes les synergies possibles pour minimiser les richesses perdues », explique Didier Gosuin (FDF), le ministre bruxellois de l’Economie. Les déchets de l’un peuvent être des ressources pour l’autre. La vision idéale est que rien ne sort du circuit et que tout soit recyclé. »

Si ces initiatives restent assez isolées à Bruxelles, cela devrait changer bientôt. En compagnie de la ministre bruxelloise de l’Environnement, Céline Fremault (CDH), l’élu FDF veut ainsi booster ce type d’échanges à Bruxelles. Un plan régional d’économie circulaire, baptisé Prec, va être lancé d’ici la fin de l’année. Il sera doté d’une enveloppe de 11,6 millions d’euros (provenant de différents postes dont des fonds européens) d’ici 2020. « On est sur un nouveau paradigme qui réconcilie économie et environnement, développe Céline Fremault, qui parle de rupture avec l’économie « linéaire (extraire, fabriquer, consommer, jeter) ». « Cette économie circulaire, on ne l’a pas découverte aujourd’hui, mais les crises offrent des opportunités de changement et on les saisit. »

« Pas un fantasme d’environnementaliste »

L’idée de ce plan est notamment de créer une plateforme mettant en contact les entreprises désirant des synergies. « Une entreprise peut, par exemple, être intéressée par les camions qui reviennent à vide après avoir déchargé des déchets d’une autre société », explique M. Gosuin. D’après le ministre, l’idée n’est pas de créer un ministère de l’économie circulaire ? « Ce n’est pas un fantasme d’environnementaliste en mal de projets. Il faut que cela entre dans les stratégies des entreprises et elles commencent à en voir les avantages. Une étude présentée au forum de Davos a montré le gain financier de l’économie circulaire et sa capacité à créer de l’emploi. La FEB plaide aussi pour ce type d’économie. »

En plus du budget alloué pour le plan, le ministre a une belle carotte à présenter aux entrepreneurs candidats à ce type de démarche. « Je compte revoir les mécanismes d’une partie de l’aide à l’expansion économique (NdlR : 25 millions d’euros en tout) en fonction de cette économie circulaire. Le restaurateur qui change de chaudière ne modifie pas son processus de production, mais celui qui crée un circuit court et local, oui. Il faut une vision globale et pas ponctuelle de l’environnement. On va encourager les entreprises qui ont cette logique globale. »

Un partenariat avec l’ONU

Les deux ministres sont convaincus : l’économie circulaire va créer de nouveaux marchés à Bruxelles et de nombreux emplois locaux. « On pense pouvoir créer autour de 5 000 à 6 000 emplois autour de cette économie circulaire d’ici la fin de la législature », poursuit Céline Fremault.

Reste que cette économie circulaire est déjà bien développée dans d’autres régions européennes. Bruxelles s’y prend-elle trop tard ? « L’économie de Bruxelles est essentiellement axée sur les services, donc le concept est moins évident à mettre en place », réplique la ministre CDH. On a aussi voulu faire les choses dans l’ordre. Nous avons d’abord demandé une étude sur le métabolisme urbain de Bruxelles, à savoir tout ce qui est produit, consommé et jeté dans la région. » La capitale belge produit, par exemple, 600 000 tonnes de déchets de construction par an, dont très peu sont actuellement recyclés. « On pousse aussi à l’éco-conception, c’est-à-dire l’idée d’intégrer l’environnement dès la conception d’un produit. Enfin, nous désirons aussi sensibiliser le citoyen à consommer autrement », conclut Céline Fremault.

A noter qu’un symposium international sur l’économie circulaire aura lieu ce vendredi à Bruxelles. La Région y signera notamment un partenariat avec l’Onu en matière d’environnement.

(Partagé par : Jean-Christophe Delhaye)